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tu es sur la page : livres > Plus con qu’les cons > chapitre 1

I


NE QUITTE JAMAIS TA GRAND-MÈRE



Son poing est si dur, et quand on se le prend dans la tronche, et bien on vacille. Tu ne peux pas faire autrement. T'as la douleur qui te remplie la tête en moins de temps qu'il ne faut à une poule pour te filer la grippe aviaire, tout ton être perd l'équilibre et il te faudrait quatre pattes comme ton chien pour rester debout. C'est ce qui vient de m'arriver.

L'horizon disparaît, le ciel devient tout brumeux, et tu ne te poses plus de questions sur l'âge de ton arrière grand-père quand il a dépucelé ton arrière grand-mère, tu bascules sur le macadam et dans ce qui te reste de ta tête.

Pourtant j'ai été poli avec lui, mais probablement que ce que je viens de lui dire ne lui convenait pas. Monsieur Georges GRANDIN est un monsieur délicat qui n'apprécie pas beaucoup le dialogue démocratique, semble-t-il.

Je me réveille dans un lit dur avec une alaise dont la solidité pourrait servir de toile de parachute à l'armée. Vu le confort, j'évacue déjà l'idée de me trouver au Sheraton du coin. On m'a affublé d'un pyjama et je suis recouvert d'un unique drap, bien propre. Dans ma pauvre tête, dont je constate avec soulagement qu'elle existe encore, les dominos s'assemblent par leurs nombres identiques, et les choses redeviennent petit à petit plus précises et plus nettes. Force est de constater, comme disait mon avocat avant d'être écraser par un camion de la Seita, ce qui l'a aidé à arrêter de fumer, que je suis dans un hôpital.

La pièce est calme, une douce chaleur m'envahit et mes yeux réalisent un travelling à la GODART. Une plante, une bouteille d'eau, un verre, un placard, un fauteuil marron, une fenêtre, des arrivées de tuyaux dans le mur. C'est simple, mais c'est bon. C'est bon de savoir qu'on vit et qu'on est en entier. Ok, mais c'est pas le tout, ma cousine. Ma cliente ne me paye pas pour couler du bon temps. Ben oui, tu l'as deviné, je suis un privé. Y'a pas de honte, faut vivre, alors, hein, la boîte à camembert s'il te plaît !

Faut que je déguerpisse d'ici. J'entame un mouvement de verticalisation, mais aussi sec je retombe tant la douleur et les vertiges m'envahissent. Hou là là, le père GRANDIN est, à tout les coups (si j'ose dire), un ancien champion de l'uppercut !

 La porte de ma chambre s'ouvre et une infirmière s'approche de moi. Les infirmières, c'est comme les hôtesses de l'air : dans le temps, elle te faisaient bander, maintenant si t'arrive à les regarder normalement, c'est déjà pas mal. Enfin, moi j'ai de la chance. Celle qui se trouve en face de moi, n'est ni revêche, ni angélique : un visage neutre, somme toute rassurant.

 - Votre température, Monsieur BOULEDOU

- Où suis-je jolie petite Madame, lui demandais-je ?

- Je vous le dirais après votre température.

Sèche, quand même ! Je m'exécute. Comme toi, j'ai horreur de prendre ma température par derrière, mais dans cet accueillant établissement c'est comme cela qu'il faut procéder. Ordre de l'infirmière.

- Où suis-je, redemandais-je ?

- Vous êtes à l'hôpital de Fleurs en Provence, service de Traumatologie du professeur Debeau. Les pompiers vous ont ramené, vous n'étiez pas beau à voir !

- J'en ai pour combien de temps ?

- Pas si vite jeune homme, vous êtes arrivé tout juste ce matin. La radio et le scanner n'ont rien donné, ni vos prises de sang. Mais vous avez été sérieusement sonné, et vous devez vous reposer.

Et la voilà sortir de ma pièce. Bon, je ne vais pas moisir ici. J'ai compris que du côté médical, vu que l'infirmière se fait la porte parole du toubib, rien à en tirer. Je refais une tentative de mise en position orthostatique (pour ta culture, ça veut dire de mise à la verticale en langage châtier médical), pas brillant. Si je dois rester allongé encore quelques heures pour me refaire une santé, autant les passer en quittant ces lieux.

La chance et l'optimisme étant toujours d'actualité chez moi, voilà qu'un brancardier amène dans ma chambre, un pauvre petit vieux parlant tout seul entre ses mâchoires sans dentier, le prend dans ses bras, et le dépose sans beaucoup de ménagement sur le lit en face de moi.

Le plus naturellement du monde, je m'adresse au brancardier :

- Merci de venir me chercher, car votre collègue m'a dit qu'il n'était pas sûr de venir cet après-midi.

- De quoi tu m'parles, gamin, me rétorque le brancardier.

 Mince alors, j'aurais pu tomber sur plus commode quand même. Bon, on va faire avec.

- Ton pote distingué devait me transporter au centre Pasteur passer une I.R.M. lui dis-je, mais il a eu un contre temps. Seulement, le centre va fermer, et le docteur a demandé l'examen aujourd'hui.

- C'est ton problème, j'chui pas charger de m'occuper de tes fesses. On m'a dit d'amener ce débris dans ch'lit, point barre.

- Le docteur va pousser une guelande, et ton avenir comme Ministre de la Santé va être compromis.

- Rien à foutre, avec mon pote, on va s'prendre un bistrot pour désaltérer la gueule des gusgus comme toi.

Bon, quand on veut aboutir, fait être philosophe. C'est mon beagle qui m'a appris ça. Ha, oui, c'est vrai, tu ne connais pas mon beagle. Il s'appelle ORAX. Pour ta culture, il existe trois types de beagle en fonction de leur taille. Les plus grands sont ceux utilisés pour les chasses à cour. Tout le monde connaît. Les deux autres tailles, plus petites, personnes ne connaît. Mon ORAX, c'est la plus petite taille. Ses pattes sont hautes de 10 centimètres, il a trois couleur, blanc - marron - noir, et une quatrième offerte quand je l'ai acheté au chenil il y a 8 ans, le rose - sa langue. Y'a pas plus doux à caresser, ni plus gentil. Il ne pense qu'à faire des mamours, et te regarde avec des yeux si tendres que ton cœur grossit tellement que ta respiration en est coupée. C'est un saucisson à pattes raccourcies, mais je te répète qu'il est doux et gentil. Comme il dort tout le temps, il en a fait sa philosophie. J'en retiens les leçons.

Je sors un billet de 50 euros, le pose sur mon lit, et dit à l'honorable brancardier :

- Dans tout être humain, y'a une part de générosité, et la tienne, elle est magnifique, mais tu la caches par pudeur.

- Pudeur mes deux oui, y'a trop longtemps qu'elle est enfouie et on ne peux plus la voir.

Je rajoute un deuxième billet sur mon lit.

- Avec ça, on va pouvoir entamer des fouilles.

- Pas la peine répond ce grand humanitaire, j'y ai bien regardé et je l'aperçois ma générosité, dit il en prenant les deux billets.

Puis il ramène son brancard près de mon lit et m'aide à m'allonger, non pas sur le Boulevard, mais sur le dit brancard.

- Je me souviendrai de toi comme un bienfaiteur de l'humanité, lui dis-je.

- Ok connard, on va où ?

- Où tu veux mais tire moi de cette piaule qui ne fait pas partie de mon destin.